2 usines, 670 salariés : le choc Fibre Excellence
Dernière mise à jour : 27 juillet 2026 à 13 h 22
La liquidation judiciaire de l'usine de Tarascon a été prononcée, tandis que le site de Saint-Gaudens bénéficie d'un sursis grâce à une offre industrielle déposée à la dernière minute. Le rejet du projet porté par Matthieu Pigasse met fin à la seule proposition visant à conserver l'ensemble des 670 salariés. Derrière la décision du tribunal de commerce de Toulouse se joue désormais l'avenir de deux territoires, d'une filière industrielle française et de centaines de familles.

Ce qui se passe
Le tribunal de commerce de Toulouse a rejeté, lundi 27 juillet, l'offre de reprise présentée par Combat Holding, le groupe de Matthieu Pigasse. Le projet prévoyait de maintenir les deux usines de Fibre Excellence, à Tarascon dans les Bouches-du-Rhône et à Saint-Gaudens en Haute-Garonne, ainsi que leurs emplois.
Pour Tarascon, où travaillent environ 270 à 275 personnes selon les sources, la liquidation est actée. À Saint-Gaudens, une proposition déposée le 26 juillet par un industriel dont l'identité n'a pas été rendue publique ouvre une nouvelle période d'examen. Selon les éléments rapportés par Le Monde, le candidat devra apporter une garantie de 2 millions d'euros si son projet est retenu, avant une nouvelle étude courant jusqu'au 27 août.
Le contexte
Fibre Excellence possède les deux dernières grandes usines françaises de pâte à papier marchande. Les sites produisent également de l'électricité à partir du bois, ce qui explique pourquoi le prix de rachat de cette énergie, l'accès au bois de l'Office national des forêts et le coût des quotas carbone figuraient au cœur des négociations.
Le groupe était placé en redressement judiciaire depuis la fin avril. Son actionnaire indonésien Jackson Wijaya avait renoncé après avoir injecté près de 300 millions d'euros, selon le récit de franceinfo. La reprise proposée par Matthieu Pigasse reposait sur un financement d'environ 100 millions d'euros, complété par des soutiens régionaux, des prêts et des concessions demandées à l'État.

Le désaccord portait moins sur la nécessité de préserver l'activité que sur le partage du risque financier. Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, estimait que l'État aurait engagé au total jusqu'à 300 millions d'euros, alors que Matthieu Pigasse envisageait d'apporter cinq millions. Carole Delga, présidente de la région Occitanie, défendait au contraire un montage qu'elle jugeait viable, avec 96 millions d'euros de prêts privés et 15 millions annoncés par la Caisse des dépôts et consignations.
Le dernier tournant
Le changement décisif est double : l'offre Pigasse a été déclarée irrecevable et une proposition distincte a créé une possibilité de sauvetage limitée à Saint-Gaudens. Cette séparation des deux sites transforme une reprise globale en traitement au cas par cas.
À Tarascon, les salariés ont cadenassé les accès après l'annonce du jugement. Les élus locaux évoquent encore une échéance au 29 juillet. Le reportage de France 3 Régions décrit un site bloqué.
Ça fait douze ans que j'y travaille, c'est presque une deuxième famille. Il va falloir rentrer et annoncer la mauvaise nouvelle.

Ce que cela implique
La fermeture de Tarascon dépasse les seuls emplois directs. Le site fait travailler des transporteurs, des forestiers et des sous-traitants. France 3 Régions rapporte une estimation locale de près de 5 000 emplois indirects menacés, chiffre qui mesure l'ampleur du choc potentiel pour la Provence et la Camargue.
La liquidation pose aussi une question environnementale. L'usine, classée pour la protection de l'environnement, ne peut pas être simplement abandonnée. Son démantèlement et la gestion des produits chimiques devront suivre une procédure encadrée. La municipalité avance une facture possible de 150 à 200 millions d'euros pour la réhabilitation des sols, sans qu'une répartition définitive de ce coût soit encore connue.
Pour la filière française, l'enjeu est stratégique : la disparition d'une capacité nationale de pâte à papier renforcerait la dépendance aux approvisionnements extérieurs. Pour les salariés, la priorité immédiate reste plus concrète : savoir si une solution industrielle, un reclassement ou un accompagnement financier sera proposé.
Ce qui reste incertain
L'identité du candidat à la reprise de Saint-Gaudens n'a pas été rendue publique. Son plan industriel, le nombre d'emplois conservés et ses besoins de financement ne sont pas détaillés dans les contenus disponibles. La prochaine étape connue est l'examen du dossier jusqu'au 27 août, sous réserve du dépôt de la garantie demandée.
À Tarascon, aucune offre de reprise distincte n'est mentionnée. L'État a promis d'accompagner les salariés, mais les modalités, le calendrier et les moyens consacrés à cet accompagnement ne sont pas précisés. La responsabilité financière du démantèlement et de la dépollution reste également à établir.
Questions fréquentes
Pourquoi l'usine de Tarascon ferme-t-elle ?
Le tribunal a rejeté l'offre de reprise globale et prononcé la liquidation judiciaire du site de Tarascon.
Combien d'emplois sont concernés chez Fibre Excellence ?
La proposition de reprise portait sur environ 670 salariés répartis entre Tarascon et Saint-Gaudens.
Saint-Gaudens est-il sauvé ?
Non. Le site bénéficie seulement d'un sursis lié à une offre industrielle déposée à la dernière minute et encore en cours d'examen.
Pourquoi l'État et Matthieu Pigasse se sont-ils opposés ?
Le désaccord concernait notamment le niveau des aides publiques, le prix de l'électricité produite sur les sites, l'approvisionnement en bois et les quotas carbone.
Quand une décision est-elle attendue pour Saint-Gaudens ?
Le dossier doit faire l'objet d'une nouvelle étude courant jusqu'au 27 août, si la garantie de 2 millions d'euros est versée.
Quel risque environnemental existe à Tarascon ?
Le site devra être démantelé et dépollué selon une procédure réglementée. La municipalité estime le coût possible entre 150 et 200 millions d'euros.
Ressources
Sources et références citées dans cet article.
