Déstabilisation russe : Raphaël Glucksmann et Léa Salamé ciblés par une manipulation numérique sophistiquée
181. C'est le nombre exact de pages web du site d'information Blast reproduites par un réseau de désinformation prorusse pour orchestrer une intox visant l'eurodéputé Raphaël Glucksmann et sa compagne, la journaliste Léa Salamé. Cette manipulation d'ampleur confirme la montée en puissance des ingérences étrangères à l'approche de la campagne présidentielle de 2027.
Ce qui s'est passé
Le Secrétariat Général de la Défense et de la Sécurité Nationale (SGDSN) a formellement informé l'eurodéputé Raphaël Glucksmann qu'il faisait l'objet d'une attaque numérique pilotée par le groupe Storm-1516, une entité directement rattachée au GRU, le service de renseignement militaire de l'armée russe.
L'opération s'est appuyée sur la création d'un faux site d'information imitant l'apparence du média numérique Blast, sous l'adresse miroir blastinfo.fr. Les attaquants y ont diffusé une vidéo de deux minutes générée par intelligence artificielle, affirmant faussement que Léa Salamé aurait proposé jusqu'à 50 000 euros à plusieurs rédactions françaises pour obtenir une couverture médiatique favorable à son compagnon dans la perspective de l'élection présidentielle de 2027.
La manœuvre a également fait usage de deepfakes vocaux, usurpant la voix du fondateur de Mediapart, Edwy Plenel, pour accréditer de fausses révélations. Le média Blast a immédiatement réagi en annonçant le lancement de procédures pour fermer le site miroir et le dépôt d'une plainte pour contrefaçon et usurpation d'identité.
Le contexte de l'attaque
Le réseau Storm-1516 n'en est pas à son coup d'essai sur le territoire français. Le service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères (Viginum) lui a imputé 205 opérations de manipulation de l'information depuis août 2023.

Fin juillet 2026, ce même réseau avait déjà ciblé Édouard Philippe, maire du Havre et candidat déclaré à la présidentielle de 2027, en faisant circuler des fausses informations concernant son état de santé. D'autres figures politiques, comme le candidat de centre droit aux municipales parisiennes Pierre-Yves Bournazel, ont subi des attaques similaires.
Président de 2020 à 2023 de la commission spéciale du Parlement européen sur les ingérences étrangères, Raphaël Glucksmann figure parmi les dénonciateurs les plus constants de la politique du Kremlin et des violations des droits humains, ayant également été visé en 2024 par des campagnes d'origine chinoise liées à son engagement pour la minorité ouïghoure.
Les derniers développements
Bien que l'opération ait enregistré une diffusion restreinte — recueillant moins de 30 000 vues sur le réseau social X —, les autorités sécuritaires françaises l'ont qualifiée de manipulation sophistiquée en raison de la combinaison d'IA générative et de l'imitation technique du site source.
Face à la répétition de ces attaques, des réactions politiques se sont manifestées dans l'ensemble de l'échiquier politique. Jean-Luc Mélenchon a appelé sur X à bâtir un « front commun contre les ingérences », rappelant que des candidats de La France insoumise aux municipales avaient eux-mêmes fait l'objet de manœuvres d'ingérence identifiées par les autorités françaises comme provenant d'Israël.
Sur le plan législatif, le gouvernement prépare la riposte. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a présenté un projet de loi visant à renforcer la réponse pénale. Le texte prévoit de porter la peine maximale pour atteinte à la sincérité d'un scrutin de 1 an à 3 ans de prison, et jusqu'à 6 ans de prison lorsque les faits sont commis au profit d'une puissance étrangère. Le Sénat doit examiner ce texte en procédure accélérée dès le mois de septembre.
Ce que cela implique pour les citoyens
Ces méthodes visent avant tout à insinuer le doute dans le débat démocratique en créant une confusion entre sources officielles et faux contenus préfabriqués. L'utilisation de faux e-mails et d'imitations vocales de journalistes reconnus comme Edwy Plenel montre que les campagnes de manipulation ne se limitent plus à de simples textes ou visuels sommaires.
Pour le public en France, cette situation impose une vigilance renforcée face aux contenus circulants sur les réseaux sociaux. La journaliste Salomé Saqué, dont l'identité a également été citée sans son accord dans l'intox, a appelé les internautes à vérifier systématiquement l'adresse URL exacte des sites d'information avant de partager des vidéos ou des articles attribués à des rédactions établies.
Ce qui reste à clarifier
Si la traçabilité technique de l'attaque vers le groupe Storm-1516 et le support technique du réseau CopyCop a été confirmée par le SGDSN et Viginum, l'identité exacte des opérateurs physiques situés derrière les serveurs de Saint-Pétersbourg n'est pas publiquement détaillée.
Par ailleurs, la création d'une commission de contrôle indépendante présidée par un membre du Conseil d'État, envisagée dans le cadre des futures échéances électorales pour alerter les citoyens en temps réel, reste suspendue à l'adoption définitive du projet de loi par le Parlement à l'automne.
Foire aux questions
Qui est responsable de l'attaque contre Raphaël Glucksmann ?
Selon le Secrétariat Général de la Défense et de la Sécurité Nationale (SGDSN), l'opération est attribuée au groupe prorusse Storm-1516, une officine liée au GRU, les services de renseignement militaire russes.
Quelles personnalités ont été usurpées dans cette manipulation ?
Le réseau a piraté l'identité visuelle du média Blast, utilisé la voix générée par IA du journaliste Edwy Plenel, et cité mensongèrement la journaliste Salomé Saqué ainsi que Léa Salamé.
Quel était le faux contenu diffusé ?
Le faux site prétendait qu'un e-mail prouvait une tentative de corruption financière menée par Léa Salamé auprès de rédactions pour favoriser la campagne électorale de Raphaël Glucksmann.
D'autres politiciens français ont-ils été visés récemment ?
Oui, Édouard Philippe a été ciblé par le même réseau prorusse Storm-1516 en juillet 2026 via des fausses informations sur sa santé, et des candidats de LFI aux municipales ont été ciblés par des ingérences provenant d'Israël.
Que fait l'État français pour lutter contre ces attaques ?
Le service Viginum détecte et traque ces ingérences. Un projet de loi examinant le durcissement des peines jusqu'à 6 ans de prison pour ingérence étrangère sera débattu au Parlement dès septembre.
Ressources
Sources et références citées dans cet article.
