France Travail en juillet 2026 : l’IA de contrôle contestée
Dernière mise à jour : 27 juillet 2026 à 17 h 25
France Travail teste en France, depuis au moins décembre 2025, un algorithme destiné à repérer les dossiers de demandeurs d’emploi à examiner en priorité. Révélé en juillet 2026 par La Quadrature du Net et Radio France, l’outil nourrit un débat sur la surveillance et la transparence. L’opérateur affirme qu’il ne décide d’aucune sanction et que chaque dossier reste étudié par un conseiller.

L’essentiel en un coup d’œil
Le projet porte le nom de « Ciblage du Contrôle de la Recherche d’Emploi ». Selon le document publié par La Quadrature du Net, il doit identifier les dossiers nécessitant un examen approfondi et alimenter automatiquement les listes de contrôles ciblés.
Le modèle repose sur un arbre de décision entraîné à partir de 60 000 contrôles passés. Il utilise 26 variables, dont l’ancienneté d’inscription, le niveau de formation, la visibilité du CV ou l’historique des rendez-vous manqués. Une première campagne a concerné environ 7 000 personnes après une rupture conventionnelle.
- Profilage algorithmique
- Classement de dossiers à partir de données personnelles et de critères statistiques.
- Arbre de décision
- Modèle qui répartit les dossiers selon une succession de règles apprises à partir de données passées.
- Contrôle ciblé
- Contrôle déclenché en priorité sur des dossiers sélectionnés, contrairement à un contrôle aléatoire ou issu d’un signalement.
Comment l’affaire s’est construite
Le 10 décembre 2025, l’outil a été présenté au comité d’éthique consacré à l’intelligence artificielle de France Travail. Les documents le décrivaient en phase active de test, d’abord sur des personnes ayant bénéficié d’une rupture conventionnelle.
Le 20 juillet 2026, La Quadrature du Net a rendu le projet public avec Radio France. ZDNET rapporte que 79 % des dossiers sélectionnés lors d’une évaluation sur des cas anciens avaient déjà donné lieu à un examen complémentaire. Ce chiffre indique seulement que le modèle retrouve des dossiers auparavant approfondis.

Le 27 juillet, l’enquête d’Audrey Travère a aussi remis en lumière les relations de France Travail avec des prestataires privés. France Télévisions résume notamment un milliard d’euros versés en trois ans pour des prestations dont les résultats sont contestés, ainsi que des dispositifs de retour à l’emploi utilisés par certaines entreprises pour obtenir une main-d’œuvre moins coûteuse.
Les acteurs et les données clés
Audrey Travère, journaliste d’investigation à Radio France, a réalisé une enquête audio en quatre épisodes sur les coulisses de France Travail. Son enquête relie la sous-traitance, les dispositifs de retour à l’emploi et les outils numériques de contrôle.
Bastien Le Querrec, juriste en droit public à La Quadrature du Net, conteste la présentation d’un simple outil technique. Le nombre de contrôles est passé de 200 000 en 2017 à 730 000 en 2025, avec un objectif de 1,5 million en 2027. L’association estime que, si le système était généralisé aux demandeurs d’emploi et aux bénéficiaires du RSA, plus de 6 millions de personnes pourraient être profilées chaque mois.

« Un algorithme n’est jamais neutre. Il est conçu par des humains, à partir de critères et de données définis par d’autres humains. »
Réactions et réponses
La Quadrature du Net demande l’abandon du projet, qu’elle juge illégal, et critique l’absence d’accès au code source ainsi qu’aux règles exactes de classement. L’association craint un sur-contrôle de populations fragiles sans visibilité sur les mécanismes utilisés.
France Travail répond que l’outil ne prend aucune décision. Dans une déclaration reprise par ZDNET, l’opérateur explique qu’il sert à prioriser les situations à examiner, tandis que le conseiller reste décisionnaire. Il assure aussi que le dispositif respecte les libertés publiques, repose sur des critères non discriminants et ne constitue ni fichage ni notation.
France Travail met en avant l’aide aux conseillers ; ses critiques répondent que la sélection automatisée modifie déjà la probabilité d’être contrôlé.
Ce qu’il faut surveiller
La première question concerne l’avenir du test : France Travail souhaite-t-il l’étendre à d’autres catégories de demandeurs d’emploi et produire chaque mois des listes ciblées ? La deuxième porte sur la transparence. Les 26 variables sont connues, mais les règles précises qui déterminent le classement ne le sont pas dans les documents publiés.
Il faudra aussi suivre l’information donnée aux personnes, la possibilité de contester une sélection et le contrôle des biais éventuels.
Questions fréquentes
France Travail utilise-t-il déjà cette intelligence artificielle ?
L’outil est en phase de test. Les sources décrivent des campagnes menées sur des personnes ayant bénéficié d’une rupture conventionnelle, sans confirmer une généralisation à tous les inscrits.
Quelles données sont utilisées pour sélectionner un dossier ?
Le modèle prend en compte 26 variables, dont le niveau de formation, l’ancienneté d’inscription, la visibilité du CV, les activités déclarées et certains rendez-vous annulés ou manqués.
L’algorithme peut-il sanctionner directement un demandeur d’emploi ?
France Travail affirme que non. Il priorise les dossiers à examiner, puis un conseiller analyse chaque situation et reste responsable de la décision.
Pourquoi La Quadrature du Net demande-t-elle son abandon ?
L’association dénonce un risque de surveillance massive, de discrimination et d’opacité, notamment parce que le code source et les règles exactes de classement ne sont pas publics.
Combien de personnes pourraient être concernées ?
La Quadrature du Net estime qu’une extension aux demandeurs d’emploi et aux bénéficiaires du RSA pourrait conduire au profilage mensuel de plus de 6 millions de personnes.
Ressources
Sources et références citées dans cet article.

