312 023 euros de frais de représentation sans le moindre justificatif en carton, et un escalier de secours en marbre estimé à près de 300 000 euros. C’est le bilan comptable explosif de l'ancienne municipalité de Nice, dirigée par Christian Estrosi, que la nouvelle majorité d’Éric Ciotti vient de porter devant la justice. Lors d'un conseil municipal électrique le vendredi 19 juin 2026, la tension est montée d'un cran, transformant la capitale azuréenne en un théâtre d'affrontements juridiques et financiers.

L’essentiel de l’affaire
- Le maire de Nice, Éric Ciotti, a saisi officiellement le procureur de la République de Nice, Damien Martinelli, face au refus de son prédécesseur de fournir ses justificatifs de frais.
- Une plainte parallèle a été déposée par l’association Transparence citoyenne, qui réclame la clarté sur l'utilisation de l'argent public.
- Les services municipaux font état de 312 023,33 euros nets dépensés entre mai 2016 et décembre 2025 au profit de Christian Estrosi, sans aucune pièce justificative retrouvée.
- La nouvelle majorité dénonce également des dépenses qualifiées de pharaoniques, dont un escalier de secours en marbre à près de 300 000 euros et un local climatisé pour les vélos.
- Un audit financier complet a été commandé par la mairie, et ses conclusions seront publiées au cours du mois de juillet.
L’analyse des faits
L’affrontement politique niçois a quitté les estrades de la campagne électorale de mars dernier pour s’installer durablement sur le terrain judiciaire. Éric Ciotti avait adressé le 30 mai 2026 une mise en demeure à son éternel rival, lui accordant un délai de trente jours pour transmettre l’intégralité des reçus liés à ses frais de représentation. La réponse de l'avocat de Christian Estrosi s’est soldée par une fin de non-recevoir catégorique, poussant le premier magistrat actuel à anticiper son signalement au procureur dès ce vendredi 19 juin.

Au-delà de ces notes de frais introuvables, la séance du conseil municipal a été marquée par les révélations d'Olivier Breuilly, adjoint chargé des Finances. Photo en mains, cet ancien directeur général des services de l'ère Estrosi a fustigé l'existence d'un escalier de secours secret en marbre permettant à l’ancien maire de quitter discrètement son bureau vers la rue Saint-François-de-Paule. L'enveloppe de cette structure s’élèverait à près de 300 000 euros. L’adjoint a ironisé devant l'assemblée en calculant que cela représentait 20 000 euros la marche, rappelant que cette somme équivaut au salaire médian annuel en France.
Du côté de la minorité estrosiste, la riposte s'organise en coulisses. Restés muets pendant la séance, les collaborateurs des treize élus d’opposition dénoncent un simple coup de communication. Selon eux, ces travaux correspondaient au remplacement indispensable d'une issue de secours en bois qui menaçait de s’effondrer, pour des impératifs stricts de sécurité. Ils remettent en cause le montant annoncé et tentent de renvoyer Olivier Breuilly à ses anciennes responsabilités administratives de l'époque, ce que ce dernier réfute en attribuant la création de l'ouvrage à l'année 2021, sous la direction de Lauriano Azinheirinha.
Les enjeux de la polémique
Cette affaire n’est pas un cas isolé mais s’inscrit dans une tendance lourde de contrôle citoyen des dépenses des élus. L’association Transparence citoyenne, présidée par Guillaume Leroy, est à l’origine de ce grand déballage. Cette structure s'est déjà illustrée par le passé en attaquant les notes de frais de Robert Ménard à Béziers ou d'Anne Hidalgo à Paris. Sa saisine du tribunal administratif de Nice dès octobre 2024 avait initié le mouvement, trouvant une oreille attentive auprès de la nouvelle équipe municipale dès son installation en avril.

La défense de Christian Estrosi, portée par son avocat Maître Matthieu Avril, conteste fermement toute opacité. Le conseil de l'ancien maire soutient n'avoir jamais refusé de justifier ces dépenses, mais réclame que la Métropole Nice Côte d’Azur précise d’abord le fondement juridique exact de sa demande de communication. Pour les contribuables niçois, l'enjeu dépasse la simple querelle de clocher : il s'agit de comprendre comment des centaines de milliers d'euros d'argent public ont pu être engagés sans laisser la moindre trace administrative tangible dans les archives de la collectivité.
Les prochaines étapes
La bataille ne fait que commencer et va se cristalliser sur les chiffres. Éric Ciotti a officialisé le lancement d'un audit approfondi portant sur l'ensemble des lignes budgétaires de l'ancienne direction, suspectant d’autres frais d'avoir été sous-évalués. Les conclusions de cet audit financier seront rendues publiques au début du mois de juillet 2026, tandis que les investigations du procureur Damien Martinelli devront déterminer s'il y a eu dissimulation ou destruction de documents administratifs, un soupçon qui planait déjà à la fin de la campagne électorale.
Foire aux questions
Pourquoi Éric Ciotti a-t-il saisi le procureur de la République ?
Le maire de Nice reproche à Christian Estrosi son refus de fournir les pièces justificatives de ses frais de représentation, malgré une mise en demeure de trente jours.
Quel est le montant exact des notes de frais contestées ?
Après déduction des reversements, les services municipaux réclament des comptes sur un montant net de 312 023,33 euros dépensés entre 2016 et 2025.
Quelle est l’histoire de l’escalier à 300 000 euros ?
La majorité actuelle dénonce un escalier de secours en marbre construit pour que l'ancien maire quitte discrètement son bureau. L’opposition affirme qu'il s'agissait d'une réfection nécessaire pour des raisons de sécurité.
Quelle association a déclenché cette affaire à Nice ?
Il s'agit de l'association Transparence citoyenne, présidée par Guillaume Leroy, qui avait déjà mené des actions similaires à Paris et à Béziers.
Quand connaîtra-t-on les résultats de l'audit financier ?
Les conclusions de l’audit approfondi ordonné par la nouvelle municipalité de Nice seront dévoilées au cours du mois de juillet 2026.
Ressources
Sources et références citées dans cet article.
