Last updated: 24 août 2026
Surtaxe sur les grandes entreprises : Roland Lescure et Bercy préparent sa prolongation pour 2027
Les couloirs de Bercy s'activent pour boucler les arbitrages budgétaires sous une pression financière intense. Face à un déficit public persistant et des marchés obligataires sous tension, le gouvernement prépare la reconduction pour une troisième année de la contribution exceptionnelle sur les hauts bénéfices des grands groupes. Le ministre de l'Économie Roland Lescure a lui-même reconnu qu'une suppression totale n'était pas à l'ordre du jour.
L'élément déclencheur des tensions budgétaires
L'hypothèse d'une reconduction de la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises dans le cadre du projet de loi de finances (PLF) 2027 a fuité du ministère de l'Économie. Conçue initialement sous le gouvernement de Michel Barnier dans le budget 2025 comme un prélèvement temporaire d'un an, cette mesure fiscale a déjà été prorogée en 2026 et s'apprête à être reconduite une fois de plus.
Interrogé sur BFMTV, le ministre de l'Économie Roland Lescure a clarifié la position de l'exécutif :
On verra, moi j'espère la baisser mais ce n'est pas acquis. Si on peut la baisser on le fera, mais aujourd'hui ce n'est pas facile.
Les faits établis sur le dispositif fiscal
La surtaxe d'impôt sur les sociétés touche environ 300 entreprises dont le chiffre d'affaires annuel atteint ou dépasse 1,5 milliard d'euros. Lors de sa création, le dispositif visait un rendement de 8 milliards d'euros en 2025, avant de rapporter 7,3 milliards d'euros au titre de l'année 2026.
Le barème s'articule autour de deux tranches distinctes calculées sur l'impôt sur les sociétés :
- Pour les groupes réalisant entre 1,5 et 3 milliards d'euros de chiffre d'affaires, le taux d'imposition effectif grimpe de 25% à 30,15% (via une surtaxe de 20,6% de l'impôt dû).
- Pour les entreprises dépassant 3 milliards d'euros de chiffre d'affaires, le taux global passe de 25% à 41,2% (soit une contribution additionnelle de 41,2% sur l'impôt dû).
L'équation financière reste contrainte par les comptes publics : en 2025, le déficit public français a atteint 152,5 milliards d'euros (soit 5,1 % du PIB) pour une dette s'élevant à 3 460,5 milliards d'euros (115,7 % du PIB). De plus, les taux d'emprunt de l'État ont dépassé 4% au cours de l'été, augmentant mécaniquement la charge de la dette.
Positions et réactions des acteurs économiques et politiques
Le patronat exprime un refus catégorique face à cette pérennisation. À l'approche de la Rencontre des Entrepreneurs de France (REF), Patrick Martin, président du Medef, a dénoncé le non-respect des engagements initiaux :
Cela fait partie des sujets qu'on a abordés en nous désolant que la parole de l'État ne soit pas tenue.
Du côté de la CPME, renommée Les Entrepreneurs, Amir Reza-Tofighi demande une stabilité totale, rappelant que la France a enregistré plus de 68 000 défaillances d'entreprises en 2025. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a affirmé sur les réseaux sociaux que les décisions officielles seront communiquées en transparence dès leur arbitrage final, après avoir défendu le principe d'une stabilité fiscale générale hors niches ciblées.
Ce qui reste à clarifier
Le niveau exact des taux applicables pour 2027 n'a pas encore été formellement fixé par le gouvernement. Les services de Bercy continuent d'étudier plusieurs calibrages, allant du maintien des taux pleins actuels à une baisse partielle si d'autres économies structurelles sont trouvées. La méthode d'indexation d'autres dépenses publiques, notamment l'ajustement des pensions des retraités aisés évoqué par Roland Lescure, reste également en discussion.
Les prochaines étapes du calendrier institutionnel
Le projet de loi de finances 2027 doit être formellement présenté en Conseil des ministres le 30 septembre. L'exécutif, dépourvu de majorité absolue à l'Assemblée nationale, fera face à une opposition déterminée : La France Insoumise a déjà annoncé son intention de déposer une motion de censure lors de l'examen du texte budgétaire à l'automne.
Foire aux questions
Ressources
Sources et références citées dans cet article.

